Biographie

 

 

Vanecha ROUDBARAKI

Née en 1966 à Rasht dans le nord de l'Iran. Elle s'est toujours concentrée sur les enjeux du réel, dont sa peinture réfléchit l'expressivité tremblée, avec une ardeur davantage ombrageuse qu'apaisée. Délaissant les catégories esthétiques tranchées, pour une liberté d'interprétation plus conforme à son tempérament, sa trajectoire a su préserver et enrichir la percussion éclatée de sa touche autour de ses sujets d'élection, mais elle s'est autorisée des chevauchements stylistiques qui l'ont conduite vers une abstraction naturaliste, sans vraiment déserter les apparences. Toutefois, ses compositions parfois ambivalentes n'oublient pas d'être cohérentes, en ce que la nature y joue un rôle fédérateur, en renvoyant à une culture spécifique et aux poussées de la mémoire.

Férue de mathématiques (Maitrise de Mathématique en 1990), elle est consciente que l'art n'est pas une science exacte, mais une aventure incertaine et ambiguë, où la parenté avec le règne naturel est une métaphore de la vie.

Elle a participé à de nombreuses expositions, salons et les Musées.

 

 

Son œuvre a également été préfacé par Gérard Xuriguera et Jean-Luc Chalumeau.

 

 

 

Vanecha Roudbaraki

 

La peinture, c’est bien entendu la combinaison de forme et de couleurs au service d’une technique et d’un concept englobant le contenant et le contenu.

Mais avant d’être une image ou son refus, c’est avant tout une présence. Et cette présence s’incarne chez Vanecha Roudbaraki dans les échos d’une mémoire douloureuse liée à son identité  iranienne, aussi ses compositions ne pouvaient se soustraire à véhémence implicite, innervée dans la trame malmenée de ses visions sylvestres et de ses surfaces parfois à la limite de l’abstraction. D’où une certain  ambigüité dans la structure de ses toiles, qui fait éclater le tissu narratif déjà réduit à l’essentiel, et le coule au sein de masse vaporeuses et remuée, agies par les assauts d’une gestualité fusante et tranchée.

Artiste de tempérament, guidée par une intuition qui lui permet d’associer les deux genres, car ils procèdent des mêmes procèdent des même poussées intérieures, elle ne se coupe pourtant jamais de la nature, qui stimule son imaginaire et s’apparie aux emballements contrôlés de sa palette éruptive. Néanmoins, si elle affiche sa prédilection pour les sites arides, les terres insoumises, les ciels tourmentés et les arbres décharnés, enveloppés d’une sourde luminosité fardée de lueurs blafardes, les configurations de plusieurs  silhouettes qui affleurent au sein de la pulvérulence de la matière, nous rappellent que l’homme a aussi sa place dans ces univers effervescents. Avec en surplomb le poids de la solitude et l’érosion du temps.

Sans flatterie ni grandiloquence, humble et disponible face a l’espace ouvert, ses échancrures, ses resserrements et ses ramifications, Vanecha Roudbaraki ne fait rien d’autre que rendre compte de ce qu’elle porte en son tréfonds, au large des arrangements favorables. Son œuvre, toutefois, ne délivre pas de message, mais témoigne de la plénitude de son engagement dans la peinture. Rugueuse et fortement ressentie, elle ne reproduit pas la vie, elle est la vie-même.

 

Gérard Xuriguera 

Mai 2011

 

 

 

 

VANECHA ROUDBARAKI, le dialogue des ténèbres et de la lumière

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D’origine iranienne, Vanecha Roudbaraki indique qu’elle s’interroge depuis toujours, par le moyen de sa peinture, sur « le rapport entre l’homme et la nature ». Elle pose ainsi rien moins que l’une des questions centrales de l’esthétique : l’œuvre d’art se rencontre nécessairement dans le monde des objets où se mêlent de manière inextricable le naturel et le culturel et, d’une manière générale, l’objet esthétique ne désavoue jamais la nature. Cette dernière, lorsqu’elle fait alliance avec l’art, garde son caractère de nature et le communique à l’art. Ou bien, disons que l’objet esthétique est nature en ce qu’il exprime la nature : non qu’il l’imite (Vanecha Roudbaraki n’imite en rien des cerisiers, par exemple, dans la toile de 2005 qui porte ce titre), mais parce qu’il s’y soumet. Or la conception de la nature à laquelle se soumet l’ art de Vanecha, particulièrement dans la série des Visions en 2008, correspond aux plus anciennes traditions de la pensée perse, antérieures même à Avicenne. Il s’agit du mazdéisme qui, joint aux sources religieuses iraniennes (zervânisme, mithriacisme, manichéisme), constitue la substance du dualisme iranien : Lumière et Ténèbres, qu’il faut distinguer du dualisme grec (Idée et Matière). Les Visions nous apparaissent bien comme des trouées de lumière qui ont engagé la lutte avec l’ombre environnante. Vanecha a choisi de vivre en Occident, sans nul doute a-t-elle regardé et assimilé les Fauves (Matisse et Derain dans leur jeunesse) ou Van Gogh, mais il y a autre chose dans sa peinture, qui lui appartient en propre comme il appartient à la tradition de l’art oriental (ishrâqî). De même qu’il y a une philosophie ishrâqî, pour laquelle connaître, c’est être muni de deux types de perception dont l’une a pour objet les images d’un monde suprasensible aussi réel que le monde sensible, de même il y a une peinture ishrâqî, une peinture de la lumière dont chacune des Visions de Vanecha donne une version possible.
Or pour exprimer la dualité fondamentale ombre-lumière, le peintre attentif à la fois au sensible et au suprasensible doit jouer avec un matériau spécifique : la couleur. Si bien que l’objet esthétique que nous appelons ici Vision nous apparaît d’abord comme l’irrésistible et magnifique présence du sensible tout en allant au-delà. Qu’est-donc, d’ailleurs, qu’une peinture, sinon un jeu de couleurs ? Si la couleur se ternissait ou s’effaçait, l’objet pictural serait anéanti. Un tableau de Vanecha est donc un objet-peinture exprimant la nature – une certaine nature. On pourrait appeler nature ici, en un sens voisin de la Erde de Heidegger, une présence massive qui nous fait presque violence : une nature « immense, impénétrable et fière » comme celle chantée par le Faust de Berlioz. Nous sommes évidemment infiniment loin du réalisme classique : Vanecha, dans des peintures apparemment abstraites, nous parle en fait du « il y a » selon Emmanuel Lévinas, qui évoque l’objet esthétique comme nous donnant l’expérience de la nudité du donné. « L’art, même le plus réaliste, communique ce caractère d’altérité aux objets représentés qui font cependant partie de notre monde ».
Or chez Vanecha aujourd’hui, nous n’avons plus vraiment d’objet représenté (jusqu’en 2007, nous lisions clairement des paysages) : seulement le il-y-a. Il n’y a désormais que l’ombre et la lumière à voir et méditer en tant que moyens d’accès à la connaissance de l’univers. Vanecha est peintre, mais aussi mathématicienne : elle sait qu’il existe une pureté mathématique dont l’équivalent ne saurait être traduit que par la pureté de la couleur. Chacune des Visions offre en effet des transitions colorées qui ne se mélangent pas aux noirs mais dialoguent avec eux pour tenter de dire l’inexprimable, c’est-à-dire l’étonnement toujours renouvelé de l’artiste devant la nature. Peu à peu, sans qu’elle le sache peut-être, voici Vanecha remontant aux sources les plus enfouies de sa culture, en l’occurence aux plus antiques traditions aryennes. Les Perses primitifs n’avaient-ils pas emprunté le culte du feu – symbolisé par le dieu Atar – et le rite du breuvage d’immortalité, le haoma correspondant au soma védique ? Le premier dieu national perse fut Ahura-Mazda, dieu des souverains achéménides, dont l’apparence était toute de lumière et de couleurs. Comme les Visions de Vanecha Roudbaraki.

Jean-Luc Chalumeau
Janvier 2009

 

 

 

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